Quel est le point commun entre la Grèce et l’Oregon? Découvrez-le dans le résumé du Congrès Terroir en Hongrie

 

Résumé du Xème Congrès Terroir qui s’est déroulé à Tokaj en Hongrie (7-10 Juillet)

Ce congrès rassemble des participants du monde entier pour discuter les avancées les plus récentes de la viticulture. Les personnes présentes sont d’horizons divers (étudiants en thèse, membres de l’OIV et de l’UNESCO, propriétaires de vignobles, chercheurs ou oenologues) et de formations variées (viticulture, œnologie, sciences du numérique, sociologie…). Ce public éclectique offre un contexte stimulant pour évaluer des idées nouvelles dans un monde traditionnel.

Le nom de cette conférence -“Terroir”- permet de souligner que la réponse de la vigne à la pression environnementale est très variable et doit systématiquement être analysée dans un contexte local. En effet, selon les conditions pédoclimatiques ou selon les tendances du millésime, des pratiques similaires pourront avoir un effet négligeable ou au contraire influencer fortement les performances du vignoble. Par conséquent, la valeur de l’information collectée varie selon les caractéristiques spécifiques du vignoble. Comprendre la complexité et les limites de la réponse de la vigne dans des environnements contrastés est donc crucial pour sélectionner les pratiques les plus adaptées et respectueuses de l’environnement. En outre, cette compréhension constitue un atout stratégique pour répondre aux problématiques de changements climatiques, d’accès à l’eau limité en zones arides et de compétition mondiale.

C’est pour ces raisons que Fruition a participé au congrès Terroir.  Etant donné la variété des sujets abordés et la densité de l’information scientifique, nous ne pouvons partager ici qu’un résumé des idées qui ont retenu notre attention.

Comment pouvons nous développer et améliorer les techniques de zonage ?

Burgos (UVOC Nyons, Suisse) a expliqué comment il était possible de prendre en compte la topographie du vignoble avec un modèle de surface pour analyser des photos de drones. Plus spécifiquement, la discussion a porté sur les techniques pour améliorer notre capacité à éliminer l’effet des cultures inter-rangs sur des images NDVI.

Priori (RCAB Firenze, Italie) a décrit une technique de cartographie du terroir en unités homogènes dans le but de gérer de façon plus uniforme les zones présentant un potentiel de production comparable.

Santesteban (UPN Pamplona, Espagne) a expliqué comment des mesures isotopiques (appliquées au carbone ou à l’azote) permettent de tracer l’origine de l’azote absorbé par la vigne.

La mise en place d’autres techniques de cartographie a aussi été évoquée. Ces techniques reposent sur :

  • L’analyse des variations temporelles du NDVI (Martinez, UPM Madrid, Espagne).
  • L’extrapolation de l’information, comme l’activité des apex, obtenue sur des “smart points” stratégiques (i.e. sites de référence) pour la production du vignoble. Les auteurs ont montré des résultats permettant de réduire efficacement le gaspillage en eau et de hiérarchiser les zones qui ont besoin d’être irriguées en priorité (Trambouze, CAH Montblanc, France).
  • La cartographie du vécu hydrique. Brillante (UB Dijon, France) a étudié les variations spatiales de l’absorption racinaire sur un vignoble de colline en Bourgogne.

 

Quelles nouvelles avancées permettent de mieux comprendre les effets de l’environnement sur les performances du vignoble ?

Verdenal (Agroscope, Suisse) a étudié comment le sol, le climat et la pulvérisation foliaire affectent la teneur en azote assimilable du fruit.

Amoros (UCM Ciudad real, Espagne) a présenté des résultats pour décrire le profil temporel de l’absorption d’éléments minéraux pendant la saison.

Perez-Alvarez (ICVV Rioja, Espagne) a discuté l’effet de l’azote du sol sur la teneur en acides aminés du moût.

Garcia (CIVC Epernay, France) a montré comment il est possible de cartographier avec précision les variations du diamètre des rameaux à l’échelle d’un vignoble.

De nombreux auteurs on étudié la variabilité du climat au sein de régions viticoles comme le Portugal (Jones, DES Ahsland, OR-USA), la Nouvelle Zélande (Sturman, CAR Christchurch), la France (Neethling, UMT Vinitera, Beaucouze; Bois, UB Dijon; de Resseguier, ISVV Villenave d’Ornon), la Grèce (Anderson, DES Ahsland, OR-USA), l’Espagne (Hernando, UPM Madrid) et l’Argentine (Grassin, Alta Vista, Lujan de C). Ces comparaisons sont utiles parce qu’elles aident à identifier les zones viticoles qui se ressemblent. Ainsi, il est surprenant d’apprendre que certaines régions en Grèce sont climatiquement proches de l’Oregon, alors que d’autres sont moins chaudes que Napa mais plus chaudes que Paso Robles en Californie…

Des modèles phénologiques développés récemment permettent d’améliorer la prédiction sur les dates de débourrement (Ladanyi, U. Budapest, Hongrie), l’effet des températures saisonnières sur la phénologie (Malheiro, CITAB Vila Real, Portugal; Parker, IPFR, Lincoln, Nouvelle Zélande), la production de biomasse (Miranda, UPN Pamplona, Spain) ou les cinétiques de maturation (Tamborra, CRA-UTV Barletta, Italie).

Comment pouvons nous adapter certaines pratiques au changement climatique global ?

Des pratiques viticoles nouvelles sont constamment testées pour anticiper et ajuster la gestion du vignoble aux changements climatiques. Par exemple la disponibilité en azote est directement affectée par les régimes de pluie et de température. Afin de comprendre l’effet spécifique de carences en azote sur le potentiel aromatique, Helwi (ISVV Villenave d’Ornon, France) étudie le développement d’arômes en l’absence de déficit hydrique.

Une méthode pour analyser les effets des coefficients culturaux et de l’irrigation sur le vécu hydrique du vignoble a été présentée comme une étape préliminaire pour caractériser et comparer les effets de millésimes, des pratiques ou du terroir sur le profil de maturation (Scholasch, Fruition Sciences Montpellier, France).

Adrian (UMR Agrosup, Dijon, France) a discuté de l’utilisation potentielle des composés organiques volatils (VOC) émis par des plantes subissant un stress. Le principe de l’analyse s’appuie sur le fait qu’un “stress” d’origine biotique (comme un champignon) ou abiotique (comme un déficit hydrique) déclenche une réponse immunitaire de la plante qui peut être détectée à travers les variations atmosphériques en VOC. L’étude des VOC offre des perspectives prometteuses pour améliorer la compréhension des mécanismes de résistance de la plante au stress.

L’effet des pratiques sur les performances du vignoble et sous des climats contrastés a été discuté comme par exemple l’irrigation (Balint, OSU, Central point, OR-USA; Herrera, DAES Udine, Italy; Santesteban, UPN Pamplona, Spain), l’effeuillage précoce (Lopes, CBAA Lisboa, Portugal) ou la taille tardive (Palliotti, DSAAA Perugia, Italy).

Comment pouvons nous mieux mettre en valeur le terroir ou l’effet millésime ?

En comparant des terroirs mondialement connus et en utilisant des techniques de dégustation à l’aveugle avec un jury expérimenté, Ballester et Jacquest (CSGA-UNESCO Dijon, France) ont démontré qu’il n’était pas possible d’attacher une réalité sensorielle au profil gustatif de vins d’appellation historique. Les auteurs ont discuté comment la représentation mentale du goût d’un vin pouvait simplement être héritée des commentaires de dégustateurs datant parfois du 19ème siècle ou encore refléter des régulations obsolètes qui n’affectent plus les pratiques œnologiques.

Cependant de nouvelles techniques permettant d’analyser la signature métabolique du vin peuvent révéler la “mémoire” des facteurs environnementaux liés au terroir et au millésime (Roullier-Gall, IUVV Agrosup Dijon, France) et donc de mieux comprendre l’impact de l’environnement sur le goût du vin.

Conclusion

Grâce aux développements de la recherche, la mise en place de méthodes propres à la viticulture de précision est de plus en plus routinière partout dans le monde et nous observons une explosion de techniques et d’outils nouveaux pour la cartographie.

Dans ce contexte, le défi est de comprendre avec précision pourquoi, et comment, de nouvelles pratiques peuvent être adoptées au vignoble. Par exemple, pour améliorer les performances du vignoble, la gestion de la variabilité spatiale à l’échelle intra-parcellaire est désormais une pratique standard. Cependant, avant d’intégrer de nouvelles méthodes pour mieux gérer le vignoble, il faut analyser le coût de la création de cartes de résolution toujours plus fine en fonction des bénéfices qui découleront de cette nouvelle information. Pour identifier cet optimum, l’expertise scientifique pour évaluer les différentes techniques de suivi du vignoble devient un atout compétitif. Pourquoi est ce pertinent ? Parce que la vigne est plastique, elle peut moduler sa réponse et s’adapter à des conditions très contrastées sur le plan de l’environnement ou des pratiques. C’est donc notre capacité à discerner les paramètres du vignoble les plus susceptibles d’imposer une empreinte unique sur la composition du fruit qui permettra de rester compétitif dans le futur.

Posted by Vintage Report France

Les conférences du millésime (Vintage Report) sont des événements uniques rassemblant des scientifiques et œnologues de renom afin d’apporter un éclairage scientifique et pratique aux données collectées ainsi qu’aux observations réalisées pendant la saison.

Les Vintage reports ont lieu dans plusieurs terroirs en France, aux USA et en Amerique du Sud.

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