Millésime 2016 à Bordeaux : Un début de saison compliqué

Entre le gel, les escargots, la grêle, les pluies incessantes et le mildiou, ce début de saison n’est pas un jeu d’enfants pour les viticulteurs de la Gironde et du Cognac.
Le mois d’avril a été marqué par des quantités d’escargots surprenantes dans certaines appellations (Fronsac et Cognac par exemple) s’attaquant directement aux apex des bourgeons primaires lors de la pousse printanière. Le dernier weekend d’avril, une vague de gel a ensuite frappé quelques zones basses du vignoble girondin. Deux appellations ont été particulièrement touchées : le Pessac Léognan et certains endroits du Medoc. Enfin, le dernier weekend de mai une tempête de grêle a ravagé une partie du Cognac, principalement les terroirs de Grande Champagne. Si nous ajoutons à cela les nombreuses pluies qui ont ponctué la fin du mois de mai et le mois de juin, ce début de millésime n’est donc pas une partie de plaisir pour la profession.
Heureusement des points positifs sont à relever. Malgré les températures très fraiches du mois d’avril (1.5°C sous les normales des 10 derniers millésimes), la croissance des rameaux primaires a été très active cette année grâce à un mois de mai caractérisé par des températures proches des normales saisonnières. Ces mesures ont révélé des vitesses de croissance supérieures à 2015 et 2014 sur les terroirs de graves et sableux. Les terroirs plus argileux quant à eux ont montré des taux de croissance équivalents ou légèrement inférieurs aux deux derniers millésimes. Ce dernier point pourrait s’expliquer par de l’hydromorphie ou une augmentation plus lente de la température du sol, véritable moteur de l’assimilation racinaire et donc de la croissance. D’après un article scientifique récent (Keller, 2014), le taux de croissance des rameaux primaires est fortement corrélé avec le nombre de baies par grappe et donc finalement le poids des grappes. Des taux de croissance forts entraînent des flux de sève importants dans les rameaux et donc une multiplication cellulaire active au niveau des méristèmes. Cela est confirmé cette année, en particulier sur les Merlot, au vu de la taille des rafles et des nombreuses ailes de ces dernières. De plus, des analyses pétiolaires au stade boutons floraux séparés ont révélé une assimilation azotée satisfaisante confirmant une minéralisation active des bactéries dans les sols cet hiver. Cependant, des carences en calcium sont visibles. Cet élément joue un rôle important dans la rigidité cellulaire. Les rameaux pourraient donc être plus fragiles et les baies plus sensibles au botrytis.

Grappe de Merlot au stade boutons floraux séparés

Le mois de juin a ensuite démarré très timidement. Les températures étaient fraîches, inférieures aux normales saisonnières (-0,7°C sur les dix derniers millésimes). Il a été ponctué de nombreuses averses augmentant ainsi le risque de mildiou. Heureusement, pour la plupart des appellations les grosses averses sont arrivées après la chute des capuchons ce qui devrait amoindrir le phénomène de coulure. Depuis mi-juin les épisodes pluvieux ont diminué permettant aux viticulteurs de rentrer de nouveau dans les parcelles et contrôler la sporulation du mildiou. La pression reste cependant encore forte. Dans certains endroits, des grappes sont touchées.
Aujourd’hui, le millésime est donc assez tardif avec une grosse semaine de retard en terme phénologique. Les précipitations sont au-dessus des normales et proches de 2013. Nous attendons les premières estimations de rendement pour mesurer concrètement l’impact de la coulure et du millerandage. A première vue le nombre de grappes par pied est plus important que l’année dernière du fait du climat très clément lors de la floraison 2015 favorisant une bonne initiation florale. Le paramètre du nombre de baies par grappe nous donnera une meilleure estimation des volumes attendus cette année.
Posted by Vintage Report France

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