Bordeaux 2016 : un millésime inattendu

Qui aurait misé sur le millésime 2016 cet été? Peu de monde à notre avis et nous en faisions partie. Pourtant, maintenant que les vins sont écoulés et qu’ils évoluent tranquillement dans les chais, les avis de dégustation sont plutôt bons voire très bons. En regard de l’année passée, ce millésime est donc agréablement surprenant. Essayons de revenir sur cette saison pour comprendre les mécanismes qui ont conduit à une récolte généreuse voire abondante avec des vins équilibrés, riches en couleur et en tanins.
Tout d’abord, il est important de rappeler que l’hiver 2015-2016 a battu tous les records sur le plan des précipitations. Effectivement, après une arrière saison sèche, les mois de janvier puis février ont inversé la tendance avec plus de 350 mm d’eau accumulée, un record. Ainsi le printemps débutait avec des réserves utiles largement remplies et un cumul de pluie depuis le 1er novembre supérieur à 500 mm. En matière de température, l’hiver fut l’un des plus doux jamais enregistré provoquant quelques sorties de feuilles en février-mars. Nous avons basculé ensuite vers un printemps très frais. Excepté les sols les plus froids et sensibles à l’hydromorphie, type argile, les vitesses de croissance étaient malgré tout fortes et supérieures à 2015. Une hypothèse plausible serait que la forte disponibilité en eau dans les sols cet hiver couplée aux températures douces ont pu accélérer la minéralisation des nutriments par les bactéries et donc l’assimilation azotée au printemps. Dans tous les cas cette information, combinée aux conditions azotées peu limitantes l’année précédente, laissait déjà présager des tailles de grappe importantes.

Les incidents climatiques et sanitaires ont été nombreux, rendant ce début de saison particulièrement complexe pour les viticulteurs. Nous pouvons ainsi rappeler les attaques fulgurantes d’escargots dans certaines appellations, les tempêtes de grêle dans le Cognac, la vague de gel et surtout la pression incessante du mildiou jusqu’à fin juin.

Heureusement, la floraison a été miraculeusement épargnée de ces catastrophes grâce à une fenêtre climatique à la mi-juin. La nouaison s’est alors déroulée correctement. Si nous ajoutons à cela le nombre de grappe lié à une initiation florale en 2015 très satisfaisante nous commençons à entrevoir le potentiel généreux de cette vendange.

Vendange 2016 Bordeaux


La période estivale est ensuite venue inverser la tendance. Le mois de juillet fut le plus sec des 10 derniers millésimes avec moins de 10mm. Le mois d’août et la première moitié de septembre, en plus d’être également secs, ont affiché des températures maximales au-dessus des moyennes saisonnières. Concrètement cela a provoqué des déficits hydriques post-véraison modérés à forts selon les terroirs. Il a fallu attendre le 13 septembre pour que des pluies viennent relâcher le déficit hydrique. De nombreuses recherches (Herrera et al. 2015, Kyraleou et al. 2015 etc.) montrent qu’un déficit hydrique renforce l’accumulation d’anthocyanes dans les baies.

Les fortes températures lors de la première phase de  maturation ont accéléré l’accumulation en sucre et la dégradation du malique dans les baies découplant d’autant plus la maturité technologique et phénolique. Selon un article publié en 2016 par Casassa les fortes températures augmentent également l’extraction des tanins. Enfin, de nombreuses études montrent un impact positif de la lumière sur les tanins pelliculaires et les anthocyanes (Blankaert, 2015).

A partir de la seconde moitié de septembre les températures ont significativement baissé. Ces conditions fraiches ont permis de préserver la qualité aromatique des baies et de pousser les maturations. Le fait d’avoir pu retarder les dates de vendange a permis de diminuer la masse moléculaire des tannins et donc leur activité (Campbell, 2016) débouchant sur des vins aux tanins élégants. Pour information, l’activité permet de mesurer le potentiel d’interaction entre les tanins et les protéines salivaires.

Pour conclure, après un début de saison compliqué, les conditions estivales chaudes et sèches et l’arrière saison fraiche ont permis de pousser les fruits vers des maturations optimales et produire ainsi des vins équilibrés (richesse alcoolique VS acidité), riches en couleur et en tanins.

Posted by Vintage Report France

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