Impact du gel sur la vigne (article 2): Quelles solutions pour minimiser les perturbations nutritionnelles ?

Comme promis voici le second article sur le gel afin de continuer à nourrir votre réflexion autour des conséquences de ce type d’évènement climatique sur votre vignoble. Cette semaine nous discuterons la mise en application de programmes de fertilisation après un gel en particulier autour de l’élément azoté. La connaissance des dynamiques de croissance et d’absorption nutritionnelle permettent d’adapter les interventions afin de limiter les effets negatifs du gel sur la productivité. Le graphe ci-dessous permet de les rappeler (fig.1)

Figure 1 : Dynamique de croissance des principaux organes de la vigne tout au long de la saison (Williams and Matthews, 1990)

Si des carences nutritionnelles existent à un moment du cycle, elles vont perturber  les dynamiques de croissance. Pour cela, le suivi de l’assimilation azotée dans la plante et pour différentes dates est particulièrement approprié. Effectivement, l’azote est un composé essentiel chez les végétaux, présent dans la chlorophylle, les acides aminés et les protéines. Le suivi de l’alimentation azotée permet d’améliorer les stratégies de fertilisation, l’équilibre de la vigne et la composition du fruit. Comme le rapporte Schreiner dans un article recent, la majorité de l’azote (65%) est assimilée lors de la période 2 et 25% lors de la période 3. Après véraison l’alimentation azotée est très faible (ie. blog précédent “Impact du gel sur la vigne (article 1) pour la définition des 5 périodes clés du cycle de la vigne).

Suite au gel de 2017, un épuisement accidentel des réserves a eu lieu sans que les organes ébauchés n’achèvent leur développement. Ainsi le stock d’éléments nutritifs disponibles pour ré-amorcer la croissance est réduit. On peut donc s’attendre à des carences (cf blog précédent).

Si l’on souhaite aider la vigne à compenser ce “faux départ” alors il est intéressant de rappeler les travaux  de Verdenal et al. (2015).  Cette équipe de chercheurs a ainsi montré que si la vigne peut développer des rameaux plus  longs, alors ceux ci présentent moins d’azote exprimé en mg/kg de matière sèche. Cet effet reflète la tendance à une dilution de l’azote lorsqu’une plus grande quantité de matière sèche est produite. Cette tendance affecte également d’autres organes (racines, fruit, tronc, etc.) comme reporté dans  la figure 2.

Figure 2 : Impact de la taille des rameaux sur la quantité d’azote total sur la vigne
(adapté de Verdenal et al. 2015)
Ainsi, même quand la disponibilité en azote est non limitante, une réduction dans la concentration de cet élément peut être observée si la croissance des rameaux est trop importante. Il est donc justifié de  coupler la mesure d’élongation de rameaux avec une mesure de l’assimilation azotée. Le bénéfice de cette approche combinée permet de mieux évaluer les besoins pour éviter la sur-fertilisation.

Comment mettre en pratique ces résultats?

  • Pour éviter de trop grosses carences sur les vignes 100% gelées on peut commencer par limiter les points de croissance en supprimant les départs des porte-greffes et des pampres sur le vieux bois. Cette stratégie permet de favoriser la reprise des rameaux secondaires et d’éviter les effets de dilution dans une biomasse  trop volumineuse.
  • Il est cependant prudent de laisser partir des rameaux du vieux bois dans des endroits stratégiques pour la taille hivernale. 
  • Il est aussi possible de tailler les baguettes ou lattes pour diminuer les points de croissance et par conséquent limiter la seconde mobilisation des réserves du vieux bois et des racines par les nouveaux rameaux.
  • Il est logique de préferer une hauteur d’écimage plus courte pour s’adapter aux conditions exceptionnelle apres le gel si on souhaite limiter l’effet dilution de l’azote (cf figure 2: plus les rameaux sont longs, plus l’azote est susceptible d’être dilué)

Ensuite, il va falloir travailler les sols pour augmenter la température et la pénétration de l’eau dans les horizons superficiels et ainsi favoriser le taux de minéralisation puis d’assimilation par les racines.

Enfin, si vous observez des carences en cours de saison, des sprays foliaires peuvent être conseillés aux periodes oú la vigne est la plus réceptrice :

  • En période 3: les sprays seront intéressants pour le développement de la canopée et pour “booster” la photosynthèse via l’incorporation d’azote.
  • En periode 4: les sprays sont également intéressants quelques semaines avant vendange si les conditions phytosanitaires le permettent. A cette période l’effet de la fertilisation ciblera la composition du fruit en vue d’augmenter l’azote fermentescible de la pulpe et la complexité aromatique  qui risquent d’être également faibles (Verdenal et al, 2015 ; Helwi et al, 2016). 
  • En periode 5: un dernier apport pourrait également être préconisé après vendange et avant la chute de feuilles (ie. periode 5) pour booster la mise en réserve hivernale.
Prochainement, nous discuterons le potentiel fructifère des bourgeons pour mieux anticiper les conséquences sur la taille de parcelles partiellement touchées par le gel.
A suivre…
Posted by Vintage Report France

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